théâtre

C'est rigolo... Une vie d'artiste ! épisode 12

« Pour eux*, vous ne valez pas plus qu’un mètre de trottoir. » Directeur de scène nationale. 2003.

*Conseil municipal

 

1993 : Bon, tout le monde est parti, je vais penser un peu à moi. Je vais faire une chose que je rêve de faire depuis plusieurs années, depuis ma période pré-adolescente. Celle où j’écrivais des pièces policières que j’allais lire chez ma sœur le mercredi après-midi juste à la fin de mes combats hebdomadaires avec mes ennemis sans scrupules : les devoirs de maths. : Cette fois, c’est pour de vrai. Dans ma vraie vie d’artiste : je vais écrire MA pièce. Celle dans laquelle je vais jouer, celle que je vais mettre en scène. J'y réfléchis déjà depuis plusieurs mois. J'ai le sujet. Mais comment aborder ce travail d'écriture ? Je n'ai pas de méthode. Ecrire des pièces policières en pyjama dans sa chambre à 12 ans, c’est facile. Mais, sérieusement, c’est toute une histoire ! J’ai jamais fait ! Tout d'abord, recueillir des témoignages puisque je veux raconter une histoire vécue. Travail pas si évident, il faut poser les bonnes questions au bon moment. Ménager les susceptibilités, flatter les égos, rassurer…

Un jour que je marchais sur le trottoir de ma ville cherchant l'inspiration ou allant tout simplement à la poste, allez savoir, je croise une dame, la mère de "mon pote tout rouge" (voir épisode 1).

-" Oooh ! me dit-elle, comme vous vous entendiez bien tous les deux, toujours à rire, tout le temps, tous les deux. Comment, tu ne l'as pas revu depuis tout ce temps. Tiens, voilà son adresse et son téléphone. Appelle-le, ça lui fera plaisir."

"Mon pote tout rouge" habite maintenant en banlieue Parisienne, près de Vincennes, au sud de la capitale. Ça ne m'étonne pas de lui. Habiter Paris, ça lui ressemble bien. Je passe quelques jours à tergiverser. Il est vrai que le personnage est un peu egocentrique, beau parleur. Mais peut-être, me dis-je, peut-être qu'il a changé. Moi, j'ai changé, hein ? J’ai changé ? alors pourquoi pas lui. Allez, j'appelle !

Le coup de téléphone est joyeux. Même pas mal. Nous nous retrouvons. Il me dit même des choses gentilles. Là, il me surprend ! Nous prenons rendez-vous. Ça tombe bien, il doit rendre visite à sa mère. Il passera donc par notre appartement. Et, en effet, il vient. Il a un peu grossi. Normal, déjà le poids des années. Moi aussi d'ailleurs, je pèse. Et il me propose un projet. Il dirige une compagnie, une association sur Paris. La saison précédente, ils ont monté un spectacle. Une histoire de personnages déjantés prisonniers d’une télévision complètement loufoque : Des squatteurs entrent dans une télé et kidnappe la présentatrice. Il y a cinq comédiens et une comédienne. Il faut reprendre le spectacle mais l'un des comédiens a déclaré forfait. En fait, "mon pote tout rouge" me propose : un, de le remplacer ; deux, une co-production. Le budget est impressionnant, un bon budget Parisien avec des gros chiffres. Ooaaah, je me sens tout petit avec mes prévisionnels. Nous regardons dans la foulée la vidéo de la pièce : séduisante. Si nous acceptons, Nadine et moi, enfin la compagnie, nous serons co-producteur à hauteur de 10%, je remplacerai donc le comédien manquant. Mon salaire sera pris en charge par notre compagnie. Nous jouerons à Paris et dans ma ville, ici, bien évidemment. Tels étaient les arrangements. Pas d'entourloupes : clair.

Je précise, quand même, que je n'ai pas un sou dans mes caisses, que même il commence à y avoir un trou. Qu'une demande de subvention sera faite en septembre, que je ne garantis en aucun cas l'obtention de ladite subvention puisque son attribution ne dépend pas de moi. La demande étant faîte en septembre, la réponse sera pour avril, mai ou juin et si tout va bien, le virement pour septembre ou octobre de l'année suivante soit à peu près un an après la création du spectacle. C'est le système Français. Avec un tel système, nous avons bien le temps de payer des agios sur les découverts et toutes sortes de frais financiers. Les banques se frottent les mains.

" Pas de problème, l'important est que l'on fasse de nouveau équipe !" Rendez-vous est pris en septembre pour les répétitions... A Paris. Je logerai chez lui, pas de problèmes.

Aaaaahhhhh, les comédiens Parisiens qui ont tout vu, tout entendu, tout lu. A Paris, le challenge est simple : toucher le public Parisien. Le public de province n'est même pas un public pour les comédiens Parisiens. D’ailleurs, souvent, les artistes du show business rodent leurs spectacles en Province avant de le jouer sur une scène capitale et tout le monde trouve ça normal.  Braves Provinciaux toujours contents !... Cependant, les dits comédiens acceptent de travailler dans des conditions épiques, qu’aucun provincial n’accepterait, mais PARIS !...

Bien, me voilà à Paris. J'ai la surprise de découvrir que nous répéterons... dans une cave ! Oui, oui. Cela ne semble pas affoler les autres outre mesure. Une cave près de la porte de Clignancourt. Tous les matins, il faut traverser la Capitale avé' le métro. Si ! Si ! Plus d’une heure de trajet. Moi, ça m’affole mais les autochtones sont habitués.  Un des membres de l'équipe est sans ressources pour ne pas dire S.D.F. Il lui arrive de dormir dans la salle de répétitions... Enfin, dans la cave... De temps en temps, il loge chez l'un, chez l'autre. J'ignore comment il s'arrange pour le week-end. Il n'a pas un sou. Le midi, on lui paye sa nourriture. C'est une situation que je ne comprends pas. Comment un groupe puisse fermer les yeux comme si tout était normal. Le chacun pour soi ? Il m'arrivera, pendant mon séjour, de le prendre en charge... Bon... C'est comme ça.

Je découvre lors de ces répétitions ma nature comique. Les autres comédiens ont parfois du mal à retenir leur fous rires lorsque je joue avec eux. Je sais qu’ils ne se moquent pas. Je suis tout surpris moi-même. Il va falloir que je l'accepte. Oui, il est très facile de faire pleurer. Faire rire est beaucoup plus aléatoire et surtout beaucoup plus difficile. C'est une discipline qui demande une attention constante et un dosage ultra précis. Je dois accepter ce… « don » ? Encore aujourd'hui, j’ai de temps en temps du mal à l’assumer. Ce n'est pas évident.

Bon, tout se passe "normalement". Du lundi au vendredi à Paris, le week-end, je retrouve Nadine.

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Décor

Tout aurait pu se passer normalement, sauf que... Un beau matin, le comédien S.D.F me demande une avance sur son salaire. Etant co-producteur à 10%, je ne comprends pas le fondement d'une telle demande. Il me dit que c'est "mon pote tout rouge" qui l'envoie. "Va voir la co-prod !" qu'il lui a dit.

Je demande à "mon pote tout rouge" ce qu'il se passe. Et je découvre que je ne suis pas co-producteur à 10% mais à 50% !

Il me demande d’assurer une part des frais de décors, des affiches (oui, celles-là, nous les avons payées), du transport et autres frais annexes… Je n’en reviens pas étant donné que je lui offre deux mois de mois salaires, défraiements et transports ce qui s’élève à une hauteur avoisinant les 10% de son budget initial. Ceci + les affiches, le compte était pratiquement bon.

Tout son budget mirifique était de la gonflette, de la poudre aux yeux. En fait, il n’a pas un sou vaillent. Ce qui change considérablement la donne. Les jours qui suivront deviendront vite pénibles. "Mon pote tout rouge" me demande tous les trois jours si j'ai des nouvelles des subventions. Alors qu'il sait très bien qu'il y a encore un an d'attente. Et il fait monter la pression à chaque demande. Je ne peux plus loger chez lui. C'est devenu insupportable. En plus, la vie des banlieusards est insupportable !

Paris a ceci de bien, vous pouvez demander l'hospitalité à beaucoup de gens. Je fais comme ça deux ou trois chapelles. Je découvre des quartiers : Belleville, Ménilmontant, je bois une bière au Trocadéro, aïe, aïe, aïe… Je l’a sens passée celle-là ! Puis lassé je prends une chambre d'hôtel près de République. Cela coûte beaucoup d'argent à la compagnie. Je n'ai pas le choix. Le soir, je grignote un repas de choix : chips-coca, dans ma chambre d'hôtel. Le resto deux fois par jour, c'est trop.

La création se passe dans un théâtre près de Barbès. Il y a beaucoup de spectateurs avec des selles de vélo sous leur bras. Une mode à l'époque : le vol des selles de vélos. Beaucoup de Parisiens se déplacent en vélo, surtout dans les milieux branchés. Sont fous ces Parisiens ! J’ai vraiment beaucoup de mal à tout comprendre mais, je vous l’ai dit, je suis naïf !

La situation est très tendue. "Mon pote tout rouge" me harcèle. Je dire ça comme ça. Tout ceci vire au cauchemar. Et allez ! Encore un ! J’avais bien besoin de ça. Je menace de ne pas jouer. Les autres partenaires de scène  me supplient. J'avais déjà enfilé mon manteau... Je cède... Je joue quand même ce soir-là et toute la suite de la série des représentations Parisiennes.

La copine de "mon  pote tout rouge" est présidente de sa compagnie. Il l'envoie en mission commando. C'est elle qui me téléphone pour me réclamer de l'argent. Là, je me fâche ! J'envoie un courrier à son conseil d'administration afin d'exposer la situation. De faire cesser cette pression inutile. "Mon pote tout rouge" voit rouge… Ecarlate !!! Sa réponse sera à la hauteur de sa couardise. Il écrira à la municipalité de notre siège une lettre diffamante. Inutile de préciser ici la teneur mais ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas une lettre gentille. Nous avions bien besoin de ça étant donné le contexte déjà difficile puis, tout simplement, une lettre de dénonciation au centre des impôts. Pas moins. Bien dans l'esprit Français des années 40.

Nous sommes donc convoqués au C.D.I pour contrôle fiscal. N'ayant rien à nous reprocher, nous en sommes quittes. Je demande à l'inspecteur la raison d'une telle démarche. "Dénonciation" qu'il me répond. Les choses sont claires.

L'affaire n'ira pas au tribunal (pas de contrat signé) mais il s'en faut de peu. Le spectacle ne sera jamais joué chez nous. Je reste, une fois de plus, sur le carreau, ayant encore une fois servi les intérêts des autres...

Je ne l’ai jamais revu.

Cette fois, en ce début d'année 1994, je suis bien décidé à m'occuper de mes affaires. Qu’on se le dise !

A suivre…

 

 Ne pas dupliquer ou reproduire par quelque manière que ce soit. Texte déposé et protégé par les Lois Française en vigueur sur les droits d'auteur.
 

C'est rigolo... Une vie d'artiste ! épisode 11

« Tu as déjà vu un intermittent qui travaille ? ». Quidam. 2003

 

Devinette : quel est notre paysage culturel urbain en ce début de décennie 90 ?

Tout d’abord, une salle de spectacles magnifique : 2200 places, entièrement rénovée.

Dans ladite salle, une compagnie de danse contemporaine professionnelle. Je me suis toujours demandé pourquoi ? Que vient faire la danse contemporaine dans une cité ouvrière ??? (C'est vrai qu'aujourd’hui, il y a bien le Louvre à Lens…) Ben oui, il faut bien distraire la bourgeoisie, aussi… Budget : quelques centaines de millions de Francs. La compagnie tourne dans le monde entier et se produit sur les plus grandes scènes internationales. Certainement pour donner une bonne idée, redorer le blason et l’image des cheminées d’usines de notre bonne cité ouvrière. Je ne doute pas de leur bonne foi… Le directeur est présent à chaque conseil municipal lorsqu’il y a vote du budget.

Ils seront remplacés après quelques saisons par une autre compagnie de danse qui dépensera les mêmes sommes d’argent !

Ceci dit, la salle accueille également des concerts pop/variétés ainsi que des « one-man shows genre standing up » !

Ensuite, il y a le théâtre municipal. Environ 800 places. Un théâtre à l’italienne construit au début du XXème siècle. Vieillot mais il ne manque pas de charme. Les bureaux sont envahis, à l’étage, par les syndicats. Là aussi, je me suis toujours demandé pourquoi ? Ce théâtre est l’objet d’une foire d’empoigne dont nous faisons partie.

Dans ladite salle est installée la compagnie estampillée par le ministère de la culture. Je ne reviens pas là-dessus, vous connaissez l’histoire… Budget : quelques centaines de milliers de Francs. La compagnie créé un spectacle par an, le tourne dans une ou deux scènes de la région. Cela représente, quand même, quelques centaines de spectateurs. Enoooorme ! Elle assure un atelier de pratique théâtral pour adultes ainsi qu’une programmation à l’année. Quelques réunions par ci, par là pour donner le change. Cool, non ?

Ils partiront quelques années plus tard sévir dans d’autres régions, le portefeuille bien garni.

Puis, il y a une compagnie semi-professionnelle présente sur le terrain depuis plus d’une décennie, qui fait un ramdam de tous les diables dans les quartiers, crée nombre de spectacles, animations et assure ateliers pour tous les âges, remue ciel et terre, organise chaque année, en novembre, un festival de théâtre qui commence à dessiner un rayonnement certain. Budget : quelques milliers de Francs + une mise à disposition d’une maison utilisée pour les bureaux et atelier de construction de décors. La compagnie est active et draine un public.

Ils seront sacrifiés !

Ensuite, il y a la compagnie de théâtre de marionnettes. Celle-ci dispose d’une salle également. Belle et fonctionnelle pour la marionnette. Je ne connais pas leur budget. Je sais qu’ils tournent beaucoup. Ils font bien rire tous les autres. La marionnette, ça a toujours fait rire les cultureux ! Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus.

Diverses associations culturelles et de loisirs, clubs cinéma, photo, philatélie, majorettes, harmonies municipales, clubs 3ème âge et j’en passe…

Puis, il y a : nous ! Bien que présent, personnellement, sur la ville depuis la fin des années 70, je suis quand même « le petit nouveau ». Je fais avec les moyens du bord. Un spectacle par an : obligatoire si vous voulez une subvention. Nous assurons des ateliers de pratique théâtrale pour adultes et adolescents. C’est compliqué. N’ayant pas de salle attitré, nous sommes « ballotés » de lieu en lieu : maison des associations, salles de quartiers, salle des fêtes de collège, QG de clubs de basket. Nous n’aurons jamais droit au théâtre (hormis pour le résultat du travail de fin d’année).

Pour nous en sortir, nous créons notre « département jeune public ». Cela arrange bien la compagnie implantée qui précise dans la presse que j’ai choisi la voie du spectacle pour le jeune public… Je ne crache pas dans la soupe. C’est bien le spectacle jeune public mais trêve d’hypocrisie, il reste surtout alimentaire (puisqu'il n'est considéré par personne, je reviendrai spécialement sur le sujet). Et il l’est ! Nous nous en sortons comme ça puisque notre budget subvention = 0 !

Mais comme le disait la chargée de mission DRAC, nous avons pariés sur des chevaux, laissez-nous le temps de récolter nos gains ! Ben oui… Voulez-vous parler d’art ? D’actions culturelles ? Fidéliser le plus large public possible sur la ville ? Oui ? Oui ? Non ?...

Et toute cette joyeuse sauce, bien sûr aux frais du contribuable !

Bon, je continue…

Notre « adjoint dissident et cependant de la majorité » est président du « Crédit machin… » Une banque dont l'administration est régie par les adjoints et conseillers municipaux. Il nous conseille d'y ouvrir un compte pour la compagnie. Nous le faisons...

En cette année 1992, un jeune comédien me propose une pièce Américaine. Encore une. Celle-ci dure environ une heure et, est dotée d'un monologue de 40 minutes. L'histoire se situe à Central Park où un jeune à la dérive et sans le sou tue un bon père de famille sans histoires. J'ai, déjà, passé l'âge de jouer les jeunes sans le sou. Je suis surpris de l'audace d'une telle proposition. J.M sait que j’ai un projet d’écriture qui me tient à cœur et que je souhaiterai le concrétiser. Cependant, je ne refuse pas sa proposition... Trop flatté d’être le centre de l’attention. L’égo accepte bien des choses. En fait, je ne sais pas dire non. Ce jeune comédien, que je connais depuis quelques années, a assisté à toutes les répétitions de nos deux derniers spectacles. De plus, le groupe que nous formons me fait penser qu'une troupe, une « vraie », est en train de naître. Nous sommes 6 ou 7. Souvent ensemble. Nous passons des nuits après les répétitions à refaire le monde, à chanter, à rire (à boire ? Non ? Je n'ai rien dit !)… Nous créons une association "d’entre-aide" entre artistes. Association qui sera récupérée quelques mois plus tard et qui s’éteindra toute seule. Mais pour l’instant, c’est la folie et nous bâtissons des projets parfois farfelus mais parfois bien audacieux et innovants. Ils ne verront jamais le jour, faute de moyens et, surtout, d’appuis politiques.

  Je précise, cependant, à ce J.M que je ne pourrais me charger de la prospection de sa pièce. J'ai déjà suffisamment de travail avec la gestion de la compagnie ainsi que l’organisation des tournées jeunes-publics. De plus, un théâtre de la côte d’Opale vient d’acheter une représentation de notre dernière création, pour tous publics celle-ci. Il faut reprendre des répétitions, etc…

Donc, notre quidam se doit d'assurer lui-même les relations publiques et le suivi de ses ventes potentielles. Il accepte. Les dossiers de subventions seront donc pour son projet. Je repousse mon travail d'écriture à l'année suivante et nous reprenons le travail de scène. De nouveau, de la fenêtre de notre salle de répétitions, pendant les pauses, nous « admirons » les majorettes et subissons le son des tambours. Et donc, je passe de longues après-midi à écouter un monologue de 40 minutes rythmé en fin de journée par la fanfare. Quel folklore !  Bref, notre décor est circulaire, des écrans en vis à vis de chaque extrémité du diamètre. Le sol est en linoléum peint avec de la peinture à pas cher. Après chaque répétition et avant chaque représentation, nous sommes 3 ou 4, à genoux par terre, serpillières en mains en train de frotter avec ardeur ce sol noir et blanc afin d’y effacer toutes traces de semelle.

Le public, idem comme pour les écrans, est en vis à vis. Rien de spécial lors de ses répétitions. Nous passons au journal de France 3 parce que le copain du metteur en scène est journaliste là-bas.

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Répétitions (j'ai quand même de belles chaussettes)

 

Puis, un beau jour, nous débarquons au théâtre municipal.

Pour des raisons de scénographie, nous jouons dans le foyer bar du théâtre. Evidemment, Je croise l’un de mes anciens compères de la « bonne troupe ». Vous ne me croirez pas : rien ne sort, je n'arrive pas à lui dire... A lui mettre mon poing dans la figure et je crois même lui avoir parlé.  Je me demande encore aujourd’hui comment j’ai pu ? Que je suis lâche !

Nous jouerons cinq fois au théâtre et deux fois dans un foyer de jeunes travailleurs. J.M ne vendra jamais son spectacle : Trop de travail. Il dira même un peu plus tard, qu'il n'est pas là pour jouer les "bouche-trous" chez nous. Drôle de façon de dire merci.

Pendant ce temps une "bombe" est arrivée sur la ville. Une compagnie de la région parisienne vient d'être invitée (je ne saurai jamais qui a été derrière tout ça) : la compagnie S... Le budget est colossal ! Nous sommes attérés. Plusieurs mois à bosser sans un sou et là, Machin arrive et : La mission ? Interviewer les gens des quartiers populaires, écrire un spectacle d'après les témoignages recueillis et, si possible inclure un ou deux habitants dans la distribution. L'affaire est bien menée. Ils sont même invités, ainsi que le Sénateur-Maire, sur un plateau de télévision France 3 à 20h30 par un journaliste en vogue à l’époque. L’affaire fait du bruit.

La compagnie en résidence panique. Elle réunit toutes les associations culturelles de la ville. Nous en sommes. Ils nous demandent de réagir. De ne pas laisser de tels projets se réaliser. La compagnie S... n'a pas le droit de cité. La compagnie résidente fait la promesse d’écrire un courrier de protestations qu'ils nous feront parvenir pour signature. Nous n'aurons jamais ce courrier. Plus tard, quelques semaines plus tard, au cours d'une autre réunion, j'entends le responsable de ladite compagnie en résidence dire : "Si Madame E. S. (chargée de mission du ministère de la culture, DRAC) ne s'était pas battue becs et ongles, jamais nous n'aurions eu la compagnie S... dans notre ville et jamais nous n'aurions pu bénéficier tous de leur travail. Je suis abasourdi, Nadine aussi. Je n’y comprends plus rien. Pourquoi, pourquoi, ce revirement ? Qu'a-t-il donc bien pu se passer ? Je ne le saurai jamais. Je suis vraiment trop naïf !

Leur spectacle verra le jour. Je l'ai vu. Ça fait mal. Leur interprétation des gens des quartiers est pleine de clichés, mal venue, caricaturale, grossière et nauséabonde. Ils ont engagé un habitant, enfin un comédien qui faisait partie d'une troupe pour handicapés déficients intellectuels. Ils l'ont appelé : "Totoche". Si, si, c'est à peine croyable : son nom de personnage était "totoche". Pour la compagnie S..., les gens des quartiers sont des violeurs, incestueux et alcooliques. J'en suis malade. Je suis issu des quartiers qu'ils "assassinent". Je ne me reconnais pas dans cette peinture.
Dans la salle, les élus ont le sourire : l’on parle de leur action politique. Les habitants ont le sourire : l’on parle d'eux. Tout le monde est content. C'est ça l'action culturelle, la réflexion politique, le divertissement. Vraiment, je ne comprends jamais rien.  Quel boulet ! Puis, quelques jours plus tard, la presse trouve ça : FOR MI DA BLE !!! Bien sûr, il ne manquait plus qu'eux, la cerise sur la gâteau.

Je sors de là démoralisé, anéanti. Nadine ne sait pas quoi dire. Elle aussi vient de ce milieu, des quartiers. Tout ce que nous avons vu ce soir-là est un ramassis putride pour voyeurs, un "théâtre-réalité" comme à la télé bien avant l'heure.

Quelques semaines plus tard, nous croisons la directrice de la compagnie S… dans les locaux de la Mairie. Je ne vois que mépris et dédain dans son regard.

Nos relations avec la Mairie sont de plus en plus tendues... J'ai un entretien avec Monsieur le Sénateur-Maire. Je lui explique notre quotidien, notre passé, nos projets... Entretien sans suite.

Nos finances sont exsangues. Notre subvention sera refusée par le Conseil Régional. Je ne peux plus défrayer personne. Et petit à petit, chacun va partir de son côté. La troupe va implosée. Fini les soirs de fête et la révolution et les débats d'idées, les effusions, les "je t'aime moi non plus", toutes les promesses. Les rats quittent le navire. Nous y avions tant cru. Nos bras tombent vers le bas. Nous avions tellement donné... Pour rien. Cette fois-ci, nous sommes vraiment bien seuls...

A suivre...

texte et photo déposés. Ne pas dupliquer.

C'est rigolo... Une vie d'artiste ! épisode 10

"Pas de cachets  ce mois-ci ? on n’avance pas là !" Conseiller Pôle emploi. 2013.

Souvenirs de tournée :

Nous partons en tournée. Le spectacle « jeune-public » est un produit qui se vend. Nous venons d’en créer un et il est temps de l’exploiter. Il est relativement facile, à l’époque, pour un adjoint d’une petite ville, d’inviter des publics scolaires à la salle des fêtes pour assister à un spectacle vivant. Cela fait toujours bonne figure et peut contribuer à gagner des voies en vue d’élections futures. De plus, si nous sommes en décembre, avec les fêtes de Noël, c’est parfait. Le public « captif » répond forcément présent. La bonne aubaine certains personnels des écoles : toujours ça de moins à bosser, que du gardiennage : cool…  

Désormais, nous découvrons la vie en campagne, dans les petites villes et les villages. Ce n'est pas que les gens soient moins exigeants sur la qualité. La chargée de mission DRAC se trompe. Qui accepterait un service de mauvaise qualité ? Sûrement pas les gens qui vivent dans les campagnes, ne lui en déplaise ! Ils sont seulement moins exigeants sur les conditions techniques et les conditions d'accueil. Tout simplement parce qu'ils n'ont pas les moyens d'accueillir. Les salles polyvalentes servent à tout (et parfois à rien) et sont, souvent, très mal agencées et parfois mal entretenues, faute de moyens. Certaines sont toutes neuves et construites en dépit du bon sens. Jean Vilar en faisait déjà le constat dans les années 1950 : scènes trop hautes, trop exigües, sans dégagements ni coulisses, sans loges. De plus, ces lieux sont  souvent dotées de grandes portes vitrées à l’entrée ou sur les côtés, parfois des verrières sur le toit sans possibilité de couvrir. Pour le noir qu’exigent les éclairages, c’est mission impossible. Carrelages, bêton, plastique pour les chaises, le tout contribuent à rendre une acoustique déplorable… Enfin bref, de vraies salles polyvalentes. J’ai même vu une scène de 10m d’ouverture et 1m50 de profondeur et dans une salle neuve ! Oui, oui !!! Ce n’est pas du rêve. Que peut-on faire avec un tel équipement ? Les élus sont, la plupart du temps, très fiers de leur édifice. Ils doivent avoir la facture dans la tête. Cependant, à aucun moment, n'a été envisagé la représentation de spectacles vivants dans lesdites salles. Je me demande à quoi pensent  les architectes, les chefs de projets ? Ou alors, leur cahier des charges ne prend pas en compte ce critère. Spectacle vivant n’est pas inscrit dans les registres… Malheureusement et tant pis pour nous saltimbanques de terrain !

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"La scène est circulaire. Le plateau recouvert d'un linoléum lui même recouvert d'une peinture bon marché. Il faut le nettoyer soigneusement avant chaque représentation. Genoux et serpillières et sceaux (sots ?) sont de la revue !"

Pour ce qui est de l’accueil, je suis encore étonné aujourd’hui. 8 fois sur 10, nous nous retrouvons seuls pour gérer les problèmes techniques. Ne serait-ce que d’avoir accès au tableau électrique.  Je me souviens d’une fois où un maire de village voulait que l’on branche notre fiche à 5 conducteurs 380 volts sur la prise du frigo ! Sous prétexte d’économiser l’électricité. Il est impossible de brancher 20 projecteurs 1000 watts sur une prise de frigo. Et il était également impossible de lui expliquer pourquoi  c’était impossible. Il a juste fallu attendre qu’il s’en aille. La vie campagnarde, en somme ! Il nous arrive de passer des journées sans que l'on nous propose un café, un verre d'eau. Bien sûr,  les défraiements sont assurés et payés par les clauses du contrat. Bien sûr, nous sommes payés pour faire le boulot. Il n’y a rien à dire. Aucune condition particulière n’est indiquée dans ledit document pour : un sourire, un café, une personne qui nous guide dans un lieu qui nous est inconnu, ou pour nous indiquer l’adresse d’une brasserie (ben oui, un artiste doit manger, comme tout le monde), etc… etc…. Je me suis souvent  fait l’effet de ressembler à une télé-magnétoscope. Parfois, des employés municipaux boivent le café… ensemble… à côté…

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"Salle de représentations non équipée. ici, nous disposons de sièges de brasserie..."

Il arrive aussi que, le matin, la salle soit fermée, la mairie également. Personne n'a pensé à nous accueillir, à nous ouvrir les portes. Il ne leur vient pas à l’esprit que nous devons décharger, monter le décor, régler lumières et son, parfois faire un « filage » (répétition qui consiste à jouer la pièce en entier) avant de jouer. Un jour, nous sommes même « tombés » sur des échafaudages au beau milieu de la salle... Arrivée à 8h, représentation prévue à 10h.

Nous avons alors droit aux réflexions suivantes :

- « Comment ? Tant de temps pour s'installer ? »

- « Mais, il faut que je…

 …termine mon mur !

…prépare ma bourse aux vêtements !

…installe mon concours de belotte !

… pi, y’a les restos du cœur !

Et y'a Robert qui doit arriver avec les caisses de bières. »

Certains jours, l'ambiance est garantie...

Les employés municipaux, il y en a de toutes sortes. J’en découvre en état d'ébriété, souvent... Je suis fatigué de devoir insister pour qu'ils installent des sièges pour le public. Certaines salles sont sales. Certaines salles de jeux d’écoles maternelles le sont aussi.

Un jour certain, dans une I.M.E (institut médical spécialisé), nous arrivons, le public est déjà là. Sur notre fiche technique, nous demandions la disponibilité du lieu de représentation deux heures avant le début du spectacle. Nous nous frayons un chemin au milieu de tout ce beau monde pour monter décor et accessoires. J'installe ma régie derrière le bar, à côté des éviers. Nadine commence à jouer. Je suis attiré sur ma gauche par un individu qui chante faux (il y a des chansons dans le spectacle), qui gesticule, parle haut à la limite de l'invective. Je m'aperçois qu'il tient à peine sur ses jambes, qu'il a « l'oeil vitreux ». C'est un éducateur (Sic, je l'ai su après). Devant lui un verre plein et... une bouteille de cognac. Il est en train de se finir au cognac. Je me méfie. Journée mémorable. Ensuite, il y a le comportement du public. Mais là, c’est une autre histoire. Voilà le lot  des représentations scolaires en milieu rural. Heureusement, ils ne sont pas tous comme ça, heureusement… Cependant, les dérives de toutes sortes sont en majorité. Peut-on, ose-t-on encore parler d’Art après ça ? Développer de grands concepts dramaturgiques ? Ça me fait doucement rigoler…

Ceux qui vous parlent d’Art, bien à l’abri dans les grands lieux culturels et qui osent vous donner des leçons sur le théâtre populaire  sont des gens qui n’ont jamais bougé les fesses de leur chaise de bureaux.

Eh oui, nous sommes loin de notre cocon avec nos petits  moyens, nos petites guerres intestines et de notre petite œuvre d'art. Là où nous jouons, il n'y a pas d'œuvre d'art ! Il suffit de voir la première partie du magnifique film d’Ariane Mnouchkine : « Molière ». Depuis le XVIIème siècle, rien ne change. Les mentalités sont les mêmes. Et pourtant, il y aurait urgence de l'acte artistique pour tous. Et cependant, le prix à payer est l'incrédulité et l'incompréhension des gens qui nous reçoivent et/ou qui nous regardent. « Comment ? Vous « jouez », que voulez-vous de plus ? »

Et pourtant, nous y croyons à notre petite œuvre d'art : le public est installé, adolescents collégiens. On va commencer. On éteint les lumières. Cris, sifflets, tambourinages. A chaque représentation, il faut dix minutes pour attirer l'attention, obtenir le calme relatif. C'est un combat, un duel. Fatigant, usant, épuisant. Les professeurs ne réagissent pas ou peu. Il nous arrive parfois de nous arrêter en plein spectacle pour stopper des invectives, des gestes obscènes (oui, oui..). Cela fait peur. Toute cette jeunesse... A l’époque, nous ne faisions pas d’école du spectateur. Nous nous jetions dans l’arène en se disant que, si notre spectacle est bon, les cris et autres joyeusetés cesseront. Ce que nous pouvions être naïfs.

Alors pourquoi agissent-ils ainsi? Parce que la plupart du temps, on ne leur a pas expliqué. Par manque de temps ? Par « jemenfoutisme » ? Par fainéantise ? Les 3 à la fois ? Bref, résultat, les élèves vont au spectacle comme s'ils allaient à la cantine ou encore comme s'ils allaient voir un film. Parce que personne n'a fait l'effort de leur expliquer le spectacle vivant, même pas nous. Nous les obligons à regarder sans donner les clés pour comprendre.  Mais, au fait, c'est quoi au juste le spectacle vivant ?

Nous allons mettre quelques années avant de comprendre et de remédier à ça, de refuser d'entrer dans l'arène.

La création :

En 1992, Nadine écrit un nouveau texte. Une histoire de sorcière qui arrête le temps parce qu'elle a peur du noir. Une petite équipe s'est constituée autour de nous. Nous sommes six. Je ne peux payer 6 personnes mais ils parient, pour l'instant, sur l'avenir et l'intermittence aide certains. Merci Jack !

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"Une joyeuse équipe..."

Le metteur en scène est amoureux de la comédienne (pas Nadine, l'autre). Celle-ci ne répond pas tout de suite à ses avances. L'ambiance est parfois tendue. C'est souvent Nadine qui essuie les plâtres. Le soir, nous nous retrouvons tous à la maison, chez nous bien entendu. Nous refaisons le monde autour d'un verre souvent plein. L'appartement est devenu l'annexe de la compagnie. On boit, on mange, on dort. Il est difficile pour Nadine et moi d'obtenir un peu d'intimité. Mais bon, j'ai l'impression qu'une famille est née : une troupe. Oooaaah, comme au XVIIème siècle. Qu'enfin, nous allons faire un travail commun. Avancer ensemble. C'est de cette époque que le projet du chapiteau prend forme. Oh, tout n'est pas toujours rose entre nous mais l'on rigole bien ensemble... On refait le monde.

La première se jouera au théâtre municipal, l'autre compagnie vampire étant absente. Il y a du monde. A la fin du spectacle, les gens chantent et tapent des mains. C'est la première fois que je joue de la guitare sur scène.

Une grande société de vente par correspondance nous achète le spectacle pour les enfants des quartiers. Un tuyau de notre "adjoint dissident et cependant de la majorité". La société nous commande également 2000 cassettes audio. Nous entrons en studio pour enregistrer. Cette société paiera et le spectacle et les cassettes en appliquant un taux d'escompte (à son avantage bien sûr) sans prévenir, of course. Lorsque l'on essaie d'obtenir des explications, ils nous annoncent qu'il s'agit d'une pratique commerciale courante, automatique et non moins autorisée, que l'on peut toujours en référer au tribunal de... Bref nous ne faisons pas le poids. Je n'ai pas envie de jouer les « David et Goliath ». Ils sont vraiment trop gros pour nous...

 

A suivre…

 

Texte et photos protégés. Tous droits réservés.

 

C'est rigolo... Une vie d'artiste ! épisode 9

 

« Et vous gagnez combien à la retraite ? ». 1998. Elève de 4ème (collège).

 

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Jouer la comédie, la tragédie, créer des spectacles, faire le « clown » : tout ça, c’est bien beau. Il y a une expression bien typique pour traduire, les gens disent : Faire le « Jacques » ! Pardon pour les « Jacques » en tous genres, je n’ai jamais su d’où cette expression prenait sa source mais j’ai entendu plusieurs fois des membres de ma famille prononcer cette petite phrase en me regardant avec un petit sourire plus ou moins ironique. Ben oui,  tout ça, c'est très joli... Au début d’une carrière, piratant dans la galère des jours distillés de pâtes à la sauce tomate et alimentés de maigres cachets rarissimes, il n’est pas rare que l’on vous appelle le « Jacques ». Et si jamais vous « réussissez » (traduction : si vous passez à la télé, voire au cinéma, c’est encore mieux…) vous devenez bien évidemment « l’Artiste » de la famille qui a dû travailler beaucoup pour en arriver là ! Et la belle-sœur de dire à son mari : « T’as vu ton frère ? Il passe à la télé ! Il joue avec « Machin-Machine » (« Machin-Machine » : grande vedette du petit et/ou du grand écran) ! La gloire familiale est, bien évidemment, éphémère et même si la scène télévisuelle ou cinématographique ne dure que 10 secondes, cela ne change rien. 10 secondes ou 90 minutes, peu importe, vous êtes, malgré tout, l’Artiste de la famille qui est « passé à la télé » ! Même si c’est pour jouer dans une pub pour fromage bien fait ou produits divers brosses à wc, l’essentiel est de « passer à la télé ». Aaaahh, la magie du tube cathodique à écran plat… Bon, ça fait partie du folklore. Au début, cela comble l’égo, un petit peu. Avec les années, cela devient beaucoup plus pesant… Bref !...

Alors ?... Il y a toutes sortes d’intermittents du spectacle. Même dans cette catégorie socio-professionnelle, il y a les nantis et… les précaires. Et, rassurez-vous, il y a plus de précaires que de nantis. Si je résume de façon schématique, vous avez en France, dans le domaine télé-cinéma, à peu près 200 acteurs/actrices qui bossent. Il suffit de regarder les génériques des films et télé-films. Le reste est uniquement là pour « servir » : Le « second » rôle de service qui restera le second rôle ou le petit rôle à 10 secondes avec la petite phrase qui va bien genre « Madame est servie ». La plus grande part du gâteau est déjà distribuée. Tout est réparti, imparti soigneusement. Bien évidemment, il y a toujours des exceptions. Tout n’est pas à 100% contrôlable. Non, non, je ne suis pas aigri. Aujourd’hui, je m’en fous. Je fais juste un constat de 35 ans de carrière. Mais bon, il faut savoir qu’il y a beaucoup plus de gens qui essayent de s’en sortir que de gens qui profitent du système. Je dis ça pour ceux qui douteraient de l’honnêteté des artistes. Oui, oui, il y en a qui bossent 70 heures par semaine pour un salaire de misère bien en dessous des minimas sociaux et qui le font par passion. Parce qu’il est impensable que ça ne se fasse pas. Parce que la réussite de leur projet est une question fondamentale et vitale, une raison de vivre… Et qu’il n’est pas question de renoncer : jamais ! Cependant, des « fraudeurs », des gens qui profitent du système sans états d’âme, sans conscience ni respect déontologique, il y en a partout. Souvent, ce ne sont pas les plus précaires qui agissent ainsi. En général, la plupart des grandes entreprises du spectacle fraudent sans vergogne. Elles sont inattaquables puisqu’elles détiennent le monopole et sont, en général, « institutionnalisés ».

Dans le cas des « Intermittents-Bosseurs-Précaires », je peux dire que je m’y suis fait une bonne place ! Un comédien ou une comédienne, adepte de l’I.B.P, dirigeant une compagnie théâtrale passe environ 10% de son temps sur une scène. Les 90% restant servent à remplir des dossiers de subventions, des déclarations de cotisations sociales mensuelles, trimestrielles ou annuelles, des formulaires administratifs en tous genres (ici, en France, nous n’avons que l’embarras du choix…), des courriers de toutes sortes… Puis, il y a la partie « public-relacheunn », là où il vous faut obtenir des rendez-vous avec des techniciens chargés de mission, avec des élus. C’est sympa les élus, vraiment sympa ! Dans le genre beaux discours et perte de temps instantanée, y’a pas mieux !

Ensuite, il y a les dossiers de vente des spectacles. Eh oui, un spectacle se vend... Comme une voiture, un aspirateur... Alors, ça ! Ça surprend pas mal de monde ! Vendre de l’Art ?! Je suis gentil. Je pourrais dire : vendre du vent ! A ce moment-là, au-dessus de la tête de votre interlocuteur, il y a un gros point d’interrogation en caractère gras. « Comment peut-il vendre un spectacle ? Les artistes ne vivent-ils pas d’amour et d’eau fraîche ? Comment peut-il parler comme cela ? Le salaire de l’artiste, ce sont les applaudissements. L’Art est l’Art ! Ce n’est pas un produit ! une œuvre d’Art est beaucoup trop « noble » pour la rabaisser à ces choses bassement matérielles. Ben oui… Mais même les artistes mangent et ils ont aussi un trou du c… ! Suis un peu trivial mais ce genre de réflexions m’énerve beaucoup !

Enfin, il y a les réunions auxquelles vous êtes obligés d'assister même si vous savez pertinemment que vous n'y avez rien à gagner. Et cela prends du temps ! Du temps !... Tout ça fait partie du jeu : Culture, politique et commerce.

Et pour finir  (cette liste n’est pas exhaustive) souvent, l’intermittent précaire participe à la construction des décors, à son transport, et à son stockage, à l'élaboration des costumes, à la maquette de l'affiche voire à sa conception, au dernier clou à planter pour tenir un panneau côté jardin... Avoir en dernier recours des notions de plan comptable pour fournir des comptes nets aux institutions. Tout ceci, évidemment et la plupart du temps d'une manière entièrement bénévole. Je me suis entendu dire en 2012 que tout ce travail non rémunéré était du travail « sauvage » et donc, hors la loi ! Là, on atteint des sommets dans l’hypocrisie. Comme lorsque l’Urssaf pratique des « descentes » lors du festival d’Avignon pour vérifier si les « travailleurs » possèdent bien un contrat de travail. Mais, Avignon est une autre histoire… J’y reviendrai…

Alors, bien sûr, tous ces métiers peuvent être assurés par du personnel adéquat et compétent. Bien sûr… Seulement une petite compagnie théâtrale n’a pas les moyens financiers pour subvenir aux salaires et charges d’une telle masse salariale. Et souvent, ce sont les comédiens intermittents qui sont à l’origine des projets artistiques de ladite compagnie qui se chargent de tous ces travaux. Alors, travail au noir ? Illégal ? Peut-être… C’est un point de vue… Mais, avant tout, cessons d’être hypocrites, s’il n’y avait pas cet état de fait, il n’y aurait pas de culture dans ce pays ! C’est clair !

En résumé, si vous passez 10% de votre vie d’artiste dramatique sur scène, vous pouvez vous estimer « heureux » !

Tout ce petit préambule pour répondre aux idées reçues et autres préjugés de certains groupes politique extrémistes et autres personnes lambda qui, souvent, s’expriment par ignorance ou, plus grave, par bêtise...

Là ! Ça, c’est fait !

Alors, où en suis-je au début de ses années 90 ?

La compagnie que je viens de créer devient, bien évidemment, un grain de sable dans le dispositif municipal. Dissidente, il va de soi, de celle de "V.G" et du "troisième comédien", devenu, à ce jour, de riches directeurs de compagnie. Bien qu'ayant travaillé dans cette ville depuis dix ans, personne, en mairie, ne me reconnaît. Sauf, le directeur de la culture qui reste impuissant et, il faut bien le dire, désolé de ce qui s’est passé. Cependant, il est obligé, désormais, de suivre le mouvement. Mon premier dossier de subvention essuiera un refus. Plus tard, l'adjoint à la culture, lors d’un entretien, me dira quasi textuellement : "d'aller me faire cuire un oeuf". Et, oui, oui, oui, il l’a vraiment dit.

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En fait, cela se passe de la façon suivante : Un contrat a été signé entre le ministère de la culture, la région, la ville et la compagnie de V.G. Le principe est simple : Les élus ne pensent qu'à une chose : leur ré-élection. Ils décident, distribue l'argent et ensuite délèguent à des techniciens la mission de gérer le dispositif mis en place. Puis, tout doit fonctionner à merveille. Aucune tête ne doit dépasser, sinon… Et peu importe les forces vivantes sur le terrain. L'on fait table rase pour placer son échiquier et ses pions. Le copinage mène un train d'enfer de chevaux vapeurs.

Sur le terrain, il y avait à cette époque une compagnie sur la ville. Ils manquaient un peu de rigueur, certes, mais bon sang, quelle énergie ils déployaient, quel travail ils accomplissaient, notamment dans les quartiers. Ceux-ci ont été mis devant le fait accompli : une compagnie en résidence sur la ville, point ! Ils ont tenu deux ou trois ans et ensuite : dehors ! Sans subventions, sans autre forme de discussion. C'est toute une équipe qui se retrouve exsangue...

La nouvelle compagnie gobe tout. L'argent, les salles, la presse, la pluie et le beau temps...

Du côté du conseil régional, une personne membre de la commission culture me confiait à l’époque :

-"Tu veux que je te dise comment ça se passe les subventions ? C'est très simple. Il y a le gâteau : les fonds. On le distribue d'abord aux scènes nationales (il y en a deux ou trois dans la région), puis l'orchestre philarmonique, puis les centres dramatiques nationaux, les centres culturels conventionnés, les compagnies conventionnées (5 ou 6 en région) sans aucun moyen de vérifier les actions menées. Cela prendrait trop de temps. (J’ai vu, un jour, le budget « dépenses » d’une scène nationale uniquement pour sa présentation de saison. Sa conférence de presse en somme. J’aurais pu vivre avec ma compagnie pendant au moins 5 ans) C'est comme ça : Il faut faire fonctionner. Pour les autres compagnies (c'est à dire le plus grand nombre : les ouvriers de la culture), l'on voit ce qui reste... Heureusement que l'on se connaît, je défendrai ton dossier... tu auras un bout d’os, une miette… Désolée"

Du côté du ministère de la culture, le régime est encore plus manichéen. Tout repose sur le chargé de mission : il vous aime ou il ne vous aime pas. Bien qu'il ait un comité d'experts, "à titre consultatif", pour l'aider, il se retranchera sans états d'âmes derrière ce comité pour vous refuser votre projet et, par conséquent, votre subvention. Ainsi que le comité d’experts se retranchera derrière l’avis du chargé de mission. Voilà, on tourne en rond et on ne va nulle part. Leur phrase favorite étant : "Vous ne rentrez pas dans nos critères..." Si vous lui demandez quels sont ces critères, vous n’obtiendrez pas de réponses. Ou des réponses qui ordonneraient à un poisson de grimper à un arbre.


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Répétitions en plein air s'il vous plaît..

 

Nous dans tout ça ? A l'époque, j'obtiens une petite subvention de la région... La personne siégeant à la commission culture a tenu sa promesse : elle a défendu mon dossier. Bref, de quoi payer les affiches et les timbres.

Pour résumé, nous jouons en cette fin d’année dans une salle délabrée (prêtée par la mairie. Impossible de jouer au théâtre municipal. Il y a la compagnie de V.G. qui veille comme un cerbère à ce que personne ne franchisse le seuil de la grande porte.)  Il n'y a pas de chauffage. Lorsque nous branchons un projecteur, le disjoncteur saute. Nadine et notre régisseur sont obligés de faire la régie du spectacle emmitouflés dans des gants et bonnets. Les spectateurs sont transis de froid. 2h30 dans une glacière. C'est là que la chargée de mission du ministère vient nous voir. Deux ou trois jours plus tard, elle verra Nadine dans son spectacle. Nadine joue, cette fois-là, dans une école située en Z.E.P (zone d'éducation prioritaire). La représentation est difficile, les enfants sont perturbés et perturbants.

Ce qu'elle nous dira, quelques semaines plus tard, dans son bureau est époustouflant.

-" Oui, oui, vous êtes un comédien professionnel. Mais pourquoi jouer dans cette salle ? Mais le drame n'était pas sur scène mais dans la salle !...., Ces murs délabrés, comment est-ce possible d’accepter de jouer dans des conditions pareilles... Il faut refuser !"

J'ai beau lui expliquer que c'est le seul endroit qui nous avait été autorisé... Que c'était là ou rien... Que... Pas le choix...

Pour le spectacle de Nadine :

-" Mais pourquoi avoir choisi une fable si pauvre (best-seller mondial quand même) ? Et cette école "tam-tam" : infernal..." – Donner de la confiture aux cochons, etc… etc…

Je tente de lui expliquer ce que nous faisons. Que nous tournons dans la région. Elle répond :

-" Allez-y dans les campagnes, ils ne seront pas exigeants sur la qualité et..."

Je lui parle d'un projet de chapiteau que nous avions à l'époque. Je travaille au dossier depuis plusieurs mois déjà lorsque je lui en parle. Nous voulions planter un chapiteau (100 places) sur une place de village pour y jouer nos spectacles pendant une semaine : spectacles tous publics, jeunes publics avec débats, répétitions publiques, etc...

Elle répond :

- « Ce qui me gêne dans votre projet, c'est le côté "filet garni" pour populations défavorisées... »

Les bras m’en tombent ! C'est clair : ce que l’on fait ne l’intéresse pas. Nous sortons de son bureau sans dire un mot. Il faudra attendre son départ pour espérer, éventuellement, peut-être, que la prochaine personne en poste regarde de nouveau de notre côté... 5 ans plus tard.

Dernier évènement, à l'époque, nous faisons la dure expérience de la manipulation politique. Un adjoint, dissident lui aussi, de la politique culturelle de la ville nous prend « sous sa coupe ». Il nous a vraiment pris sous sa coupe. Il se servira de nous comme l'on se sert de la piétaille pour parvenir à ses fins de pouvoir et ses manigances politiciennes... Nous mettrons des années avant de nous rendre compte de l'étendue du tunnel dans lequel il nous aura plongés. Notre naïveté nous jouera bien des tours.

En ce début des années 90, nous sommes "quasiment grillés". D'autant plus que la compagnie de mon V.G usera de toute son influence pour nous fermer toutes les portes des institutions et des lieux de diffusion. Ennemi abattu, travail bien fait. Mais ça, à ce moment-là, nous n'osions pas le soupçonner....

Je ne sais si je suis très clair. Il est difficile de tout décrire…

A suivre...

 

Texte et photo déposés et protégés par les lois Françaises sur les droits d'auteur. ne pas dupliquer.

C'est rigolo... Une vie d'artiste ! épisode 8

« Et vous « passez » à la télé ? » Tout le temps. (Presque) Tout le monde.

 

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Nadine en a assez d'être institutrice. Assez de jouer le tampon entre la hiérarchie et les parents. Les choses sont lourdes, trop lourdes... Pas de mouvement...

Elle est souvent déçue des spectacles qui se déplacent dans les écoles maternelles. Oui, elle enseigne à des tous petits. "Ils sont beaucoup plus intéressants..." dit-elle. Alors, c'est décidé, le prochain spectacle sera écrit et joué par elle-même. J’ai le soin de le mettre en scène. Elle réalise, en cette année 1991, un rêve d’enfant : celui d'être comédienne et peu importe qu'il s'agisse de théâtre pour tout petits. Je suis charmé...

Un soir, elle revient avec un livre sous le bras. Un best-seller, vendu dans le monde entier et disponible dans toutes les bibliothèques maternelles de France. Une jolie histoire qui n'a pour unique ambition que d’apporter aux enfants la connaissance des trois couleurs primaires, les complémentaires si affinités et les autres...

Ce spectacle sera créé dans les locaux de l'Inspection Départementale de l'Education Nationale grâce à un concours de circonstances : un chassé-croisé entre l’Inspecteur Départemental, l’adjoint à l’animation de la municipalité et le directeur de l’école maternelle où Nadine enseigne à mi-temps.

Les répétitions sont agréables. Nadine doit tout apprendre de la technique du comédien. Elle le fait volontiers courageusement quoique, parfois, elle rechigne un peu. C'est tout à fait normal. Nous faisons notre apprentissage de couple "à la scène". Une autre façon de voir l'autre... Cela surprend. Mais sans aucun doute, nous bâtissons à ce moment-là une complicité sur scène qui nous tient encore aujourd'hui, bien des années après...

Nous montons donc ce spectacle fait de bric et de broc avec enthousiasme. Un élément de décor démontable en bois. Une structure de toiles en fond de scène et des projecteurs achetés 500 francs/pièce et d'occasion avec porte-filtres et gélatines de couleur, qui illustrent forcément notre propos. Un peintre professionnel nous prêtera ses toiles durant toutes les représentations. Nous sommes aidés à droite et à gauche, cela nous remonte le moral.

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Le jour de la première est enfin arrivé. Elle est très impatiente, elle ne tient plus en place, bref, elle est morte de trouille. Les gens arrivent petit à petit. Il y a quand même un peu de monde. Beaucoup d'enseignants, c'est logique. Mais personne de la profession. Le théâtre pour enfants attire peu de professionnels du spectacle...

Peut-être que ce jour-là, j'avais encore plus le trac qu'elle. Mes jambes ont du mal à me soutenir. Et pendant la représentation : c'est atroce. J'ai la bouche sèche, les bras tout mous comme les jambes d’ailleurs. Nadine assure. Tout se passe à merveille.

Le spectacle a quelques défauts, c'est normal, mais il est spontané et sincère. Durant les applaudissements, notre adjoint à l’animation se lève, traverse la salle et crie : "J'achète ! J'achète !!" Nous sommes tous surpris. Je bredouille, elle bredouille, nous bredouillons. Enfin, on fait ce que l'on peut...

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Et c'est à qui, de l'adjoint et de l'inspecteur départemental, nous a vu le premier. C’est rigolo. Nous sablons le champagne. Encore et encore du champagne. Là, il coule à flots. Des amis arrivent à ce moment-là, ils se sont perdus... Ils sont déçus...

Eh bien, le monde s’en est allé, nous sommes seuls dans la salle avec nos amis de l’époque.  Nadine a fait une nouvelle représentation rien que pour eux. Ce jour-là, nous sommes rentrés à 3 heures du matin, le décor dans le coffre de la voiture. Nous sommes rentrés fourbus mais heureux...

Nadine jouera ce spectacle plus de 300 fois...

A suivre...

 

texte et photos déposés et protégés par les Lois Françaises sur les droits d'auteur. ne pas dupliquer.

C'est rigolo... Une vie d'artiste ! épisode 7

« Ce qui me gêne dans votre projet, c’est le côté filet garni pour population défavorisée ». Chargée de mission théâtre. Direction Régionale des Affaires Culturelles. 1993.

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" - Moi, je te garde, ils ont viré le meilleur..."

Il pose sa pipe dans le cendrier et sourit.

Après mage du désert, me voilà capitaine d’un bateau-pêcheurs. Ces paroles sont celles du directeur du Centre Dramatique National pour l'enfance et la jeunesse.

En ce début d'année 1990, il me propose un contrat pour la saison. Le rôle d'un capitaine de bateau-pêcheurs. J'accepte. Je tournerai deux saisons. C'est rigolo, au C.D.N.E.J, je joue des rôles de père. J'ai vieilli tout à coup.

 

Les répétitions se passent sans problèmes majeurs. Le décor est immense. Il mesure 20 mètres de long. A l'une des extrémités, il y a la cabine du bateau, à l'autre une « falaise/personnages » qui raconte ses souvenirs. Pour relier les extrémités, un pont que nous parcourons selon les aléas de la mise en scène. Le public est à l'intérieur, avec nous, de chaque côté du pont. Au dessus du public, des passerelles où nous pouvons circuler. Le jeu est partout : sur le pont, sur les passerelles, dans la cabine, au dessus de la cabine, du côté des falaises. Bien que le texte montre parfois quelques faiblesses, les ambiances des scènes sont magiques : La scène de la tempête, celle de l'initiation du mousse, la scène à Valparaiso...

Je me sens bien au C.D.N.E.J. Cependant, je ressens un léger malaise. Je sais qu'au sein de la profession, le théâtre pour enfants n'est pas bienvenu... Un peu comme une sorte de voie de garage. Tous les comédiens savent que le théâtre jeune-public rapporte de l’argent mais il est de bon ton, et surtout, de cracher dans la soupe. Et ça fait du bien à l’égo. Mais bon, un Centre Dramatique National… l’honneur est pour ainsi dire sauf…

Qu'importe, je sillonne les routes de la région et de France.

Le rythme est soutenu, parfois et même souvent jusqu'à trois représentations par jour. Le spectacle tournera deux ans et s'arrêtera au Festival d'Ambert, dans le Massif Central.

Puis, l’année suivante, le directeur du C.D.N. sera « remercié » sans ménagements et laissera sa place, par volonté politique, à des gens de Paris. Ils prendront tout dans la région : le Conservatoire National Supérieur, la/les Scènes Nationales, le C.D.N.E.J.

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Aujourd'hui, le C.D.N.E.J. est devenu une boutique, un lieu de diffusion sans âme, un lieu où l'on vend des billets. Où les spectacles sont choisis au sein d’un réseau. Copinage et compagnie. Rien d’artistique là-dedans : du commerce. J’ai vu des décors dont le prix aurait suffi à nous faire vivre grassement au moins 2 saisons.  Je suis retourné au C.D.N.E.J en 2000 pour y jouer une pièce de Racine. Bien que les murs soient les mêmes, plus rien ne respire la création, la passion du théâtre. Il n’y a plus d'équipe artistique. Uniquement des vendeurs de billets. Les artistes de 1991 n’ont jamais remplacés.

L’opération « écrémage » était bien menée. C'était, comme on dit, une « charrette ».

En 1990, je crée une nouvelle compagnie. Cette fois, je fais bien attention que celle-là ne me soit pas volée.

Je décide de monter la pièce de 1986. Celle dont je n’avais pas obtenu l’autorisation de l’auteur. Cette fois-ci, j’ai son accord. Une pièce politique de 3 heures avec en toile de fond le sort des travailleurs émigrés ainsi que ceux qui fuient leur pays à cause de leurs idées.

Je reporte une première fois le projet pour cause de guerre du Golfe. L'ambiance est tendue en France...

Bref, quelques temps après, les répétitions commencent. Je fais appel à un comédien et un metteur en scène. Je fais quelques coupes dans le texte pour réduire à 2h30. 2 personnages, 14 monologues à assimiler, un peu une performance.

Cependant, les choses traînent. Le metteur en scène a une attitude bizarre. Il arrive en répétitions avec son walkman et des enceintes, nous colle de la musique avec paroles et nous dit : « Si vous arrivez à m'intéresser, je ne dois plus entendre les paroles de la musique ». Je ne sais comment réagir. Nous sommes stupéfaits.

Puis, il me demande de laisser pousser ma barbe et ma moustache. J'obtempère. Au bout d'un mois, comme la décision n'était pas ferme, je lui demande si je dois me raser.

« Attends, on va le faire ensemble... » qu’il me dit.

Il me donne rendez-vous chez lui... Branche des spots et entreprend de me raser petit à petit en prenant des photos. Il me demande d'ôter mon tee-shirt. Je le fais en lui précisant que je n'irai pas plus loin. Ben oui, fait pas chaud. Bizarre... Il tremble... Je suis sur mes gardes... Je commence à soupçonner que quelque chose ne tourne pas rond. Appareil photo. Moi, torse nu, lui qui tremble… Ouh là ! Je deviens froid et distant. L’affaire s’arrêtera là, ce soir-là.

A 15 jours de la première, il n'y a qu'une demi-heure de spectacle présentable. Son « walk-man » nous agace au plus haut point. De guerre lasse et d'un commun accord, nous lui demandons de ne plus revenir. Il obéit. Il sera quand même là le jour de la première et nous félicitera. Moi, je n’aurais pas osé.

J'ai appris quelques temps après la création qu’il était homosexuel. Je n’ai rien contre. Les gens font ce qu’ils veulent s’ils sont consentants. C’est à eux, moi je m’en fous. Ses photos et sa séance de rasage n'était pas sans arrières pensées. Tout s’explique !

J’ai su, en 2004, que ce gars-là était devenu expert de la commission culture de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (Ministère de la Culture). En fait, ça ne m’étonne même pas.

Passons... Nous montons 2 heures de spectacles en 15 jours. Cette année-là, nous ne jouerons que deux fois.

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J'envisage une reprise l’année suivante. J'invite le comédien chez moi pour discuter des conditions du contrat. Il accepte en se faisant un peu tirer l'oreille, mais bon, il accepte.

J'apprends le lendemain soir par Nadine, alors que j'étais au C.D.N, qu'il est revenu à la maison avec un bouquet de fleurs. Et oui, il est revenu voir Nadine pour lui proposer... une partie de jambes en l'air. Tout simplement. Il voulait coucher avec elle tout simplement. "Ce sera notre jardin secret" qu'il lui dit. Nadine l'envoie se faire traire ailleurs (elle a, quand même, eu peur... Comment peut réagir un gars capable de vous faire une telle proposition dans de telles circonstances ?) Je reste interdit.

Mais comment peut-on envisager des choses pareilles ? Comment ? Comment ? Suis-je vraiment trop naïf ? Ou se dégage de moi une « aura » d’imbécile heureux ?

Bien sûr, je change de comédien. En fait, il me devance, il démissionne. Vexé, très certainement, connaissant le bonhomme.

Le comédien suivant est tout gentil, un autre style. Après avoir fait une tentative de suicide, pendant les répétitions, il assumera néanmoins sa place. Il m'étonnera même.  Pendant les 15 jours que dureront la série de représentations, il avalera une demie bouteille de Whisky avant de monter sur scène et une demie bouteille de whisky en sortant de scène. Mais sur scène : impeccable…

 

A suivre…

 

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C'est rigolo... Une vie d'artiste ! épisode 6

« Ah bon, vous faites du théâtre ? Moi aussi, j’ai fait du théâtre… A l’école... » Quidam. Tout le temps.

 

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L'année 1989 est bien commencée. Je travaille, et je suis payé pour ce travail. C’est ça : être adulte ?

Avril-mai : une « Super production ».

Fin juin : Je vis (enfin !...) avec la femme de ma vie.

En septembre, le directeur du C.D.N. me propose un nouveau rôle. Celui d'un... mage, sage sous une tente berbère, en plein désert. Le bon vieux « grand-père » qui lègue en héritage, à la fin de sa vie, son expérience à un fils spirituel. Etonné d’une telle proposition, j'accepte quand même. Je ne veux surtout pas passer à côté de 4 mois de salaire. Et puis, le directeur et non moins metteur en scène doit savoir ce qu'il fait. Il prend ses responsabilités.

Comment puis-je jouer un grand-père à mon âge ? En fait, j’ai peut-être un côté « père de famille » qui doit rassurer. A 27 ans, je suis perplexe…

Non content de dompter mes origines d’homme du Nord pour endosser le costume d’un sage berbère, je me débats, par-dessus le marché, avec une mandoline. Je passe mes vacances d’été, dessus, à faire « dong-dong » ! Il y a 4 doubles cordes sur une mandoline. Bref, 3 semaines de répétitions à apprendre, à ralentir mes gestes, faire en sorte que le personnage soit un peu crédible.

Bien qu’ayant pris un peu de soleil cet été, je suis toujours très « blanc » de peau. 3 mois et demi de tournée, une centaine de représentations. Un beau souvenir. Des rencontres sur les chemins : Ronny Coutteure dans une station d’autoroute du côté de Lyon, Jérôme Deschamps et sa bande au théâtre municipal de Sète, Catherine Le Forestier un peu plus tard, au café après son spectacle… Souvenirs...

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Je suis un sage Berbère... Si, si !

Cependant, tout là haut, les choses se précisent. V.G et « l’autre comédien » sympathisent et… complotent. Au début, je n’y prends pas garde. En fait, je n’y crois pas… Au complot. Mais, je sais bien, au fond de moi-même, qu’il se prépare minutieusement. V.G me demande, dans un premier temps, de confier la paperasse de la compagnie à « l’autre comédien ».

- «  Ben oui, dit-il, tu travailles maintenant. Tu ne peux pas tout faire. »

Comment si, avant ce contrat, j’étais en vacances !

J’obtempère. J’ai encore des relents nauséabonds de répétitions de la dernière saison. J’aimerais éviter que cela se reproduise. Et puis, c’est vrai, qu’étant en tournée, il m’est difficile de gérer la compagnie. Tout se passera désormais très vite.

V.G me demande de faire démissionner « mon » Conseil d’Administration (C.A. totalement allié à ma cause. Cela se comprend puisque je suis le créateur de la compagnie…) pour, dit-il, en élire un autre complètement neutre, re-dit-il, étant donné les « millions » que nous aurons à gérer.

J’obtempère.

Un peu plus tard, le nouveau bureau de l’association est composé, présentement, à la présidence du beau père de V.G, à la trésorerie de la future belle mère de « l’autre comédien » et au secrétariat du beau frère de V.G.

Je n’ai, désormais, plus aucun appui au sein de l’association que j’ai créée et, par conséquent, plus aucun pouvoir dans les décisions artistiques et orientations diverses de la compagnie.

Je le sais. Je le savais que cela se passerait comme ça. On sent ces choses là. Même si, jusqu’au bout, on ne veut pas l’admettre.

Puis, ce qui devait arriver, arriva.

« - Avec tout ce que cela comporte de dégueulasse de notre part, nous avons décidé de ne plus travailler avec toi ! »

Ils m’ont dit ça un soir de novembre, V.G et « l’autre comédien ». La phrase me résonne encore, parfois, aujourd’hui. Je leur ai demandé pourquoi ? Ils m’ont dit :

«  - Parce que tu es incompétent et non motivé... »

J’essaie d’argumenter mais très vite, je sens la nausée m’envahir. Je sors sans combattre. K.O.

Je suis viré ! Viré de et par la structure que j’ai créé. Mangé par le bébé que j’ai enfanté. Bref…

La violence de cet entretien m’a donné  des sensations « d’aquabonisme »... Je pense avoir mis plus de 20 ans pour digérer ça.

Le directeur de la culture me téléphone. Il a appris la nouvelle.

« C'est toi que l'on veut. On provoque une réunion, on vire les deux autres et l'on établit la convention avec toi... Philippe, allons, on se connaît depuis longtemps... »

Je refuse. Je ne veux plus voir les deux autres, surtout pas en réunion. J’ai l’impression qu’ils me boufferaient, qu’ils m’anéantiraient une fois de plus, qu’ils riraient de moi (ce qu’ils ont fait par la suite et à maintes reprises…)...

Le directeur de la culture est consterné et demande à Nadine de me persuader de combattre. Je suis tellement anéanti que je refuse tout en bloc. (Et, plus tard, je culpabiliserai de n’avoir pas levé le petit doigt pour réagir). Je me mets la tête dans le sable. Je « m’auto-détruis-inconsciemment-consciemment ». Oui, c’est très simple, j’ai tout perdu : mon statut d’adulte, celui d’artiste, ma dignité et suis redevenu adolescent en pleine crise.

Conclusion : 8 années de travail anéantis. 8 années à travailler dans l'espoir d'avoir, un jour, la reconnaissance de mes pairs et un salaire décent... Pour rien.

Et je ne suis pas au bout de ma galère.

Il faut tout reprendre de zéro. Je passe quelques semaines à "errer"…

 

A suivre...

 

Texte et photos protéges par la législation Française en vigueur sur les droits d'auteur. Reproduction interdite.

 

C'est rigolo... Une vie d'artiste ! épisode 5.

« Pourquoi, tu ne travailles pas pour un patron ? » Parent. 1983

 

ooooOOOOoooo

 L'année 1989 commence bien, oui, oui, l'année du bi-centenaire. L'on donne dans la révolution à tout va. Comme au début des années 70, l’on donnait dans du Jésus Christ à toutes les sauces. Et comme en 2014, dans la guerre 14-18. C’est la mode. Les commémorations rapportent de l’argent. La culture a ses exigences.

Je n'y échappe pas… A la révolution. Je suis engagé par le Centre Dramatique National pour l'Enfance et la Jeunesse, pour un rôle dans une pièce sur... La Révolution Française. Fini les pâtes à tous les repas, fini… Je vais enfin, et pour la première fois, gagner un salaire décent en pratiquant le métier que j’ai choisi. 9 ans que j’attends ça !

La Révolution a du bon. Moi, j'aime bien la révolution. Bon, pas mirobolant le salaire mais quand même et, de plus, le directeur du C.D.N.E.J (Centre Dramatique National pour l’Enfance et la Jeunesse) m’offre le rôle principal dans sa pièce.

Une "super-production" : environ 15 comédiens professionnels, une cinquantaine de figurants, essentiellement des enfants de l’école d’à côté, un orchestre symphonique (l'orchestre des jeunes du conservatoire), une logistique sans failles, costumières, maquilleuses de cinéma, oui, oui, tout y est ! Ça me change vraiment de mes galères. Je pense à autre chose. Je rêve, je pratique vraiment la vie de comédien.

Un seul bémol : le théâtre pour la jeunesse n’est pas considéré par la profession. Il représente plutôt un « sous théâtre », un « théâtre alimentaire ». En fait, les comédiens crachent dans la soupe puisque, un jour ou l’autre, ils l’ont tous fait. Jouer pour des enfants pour bouffer. « Jouer pour des enfants n’est pas jouer » pensent-ils. Mais bon, je ne vais pas entrer dans les détails.

Bon, revenons à notre production : La salle est démontée, les gradins aussi. On les change de place. Il y aura sur le plateau des tonnes de sable et de pavés. L'équipe technique travaille quasiment jour et nuit. Les gars sont sur les genoux.

A part quelques comédiens plus ou moins ronchons, il y a une ambiance du feu de Dieu. On rit, on fait la fête, on boit... Le jour de la dernière… Beaucoup... Moi, surtout... J'en ai besoin. C… est partie, elle a déménagée définitivement. Elle parle d’avocats…

Le spectacle sera joué 7 fois. Impossible de le faire tourner : trop lourd. Mais sapristi, quelle fiesta ! Un excellent souvenir.

Puis, dans la foulée, je tourne un court métrage. J'y retrouve certains...

Image
(Mon partenaire m'avait dit : "regarde ! Il y a le journaliste là-bas. On va s'approcher doucement en faisant semblant de lire le texte..." 2 jours plus tard, la photo était dans le journal. Ça nous a bien fait rire...)

En juin, l'équipe du "feu de Dieu" se retrouve chez l'un des leurs pour mater la finale de  la coupe de France de foot. On rigole. Je sais plus qui a gagné. Je leur propose, ensuite, de "guincher" sur des disques de Johnny ! (Bah, cela amusait beaucoup la galerie à l'époque. Un comédien qui écoute Johnny : Une curiosité, pas possible ! Ben oui, Bela Bartok m’ennuie beaucoup.) Tout le monde est d'accord. Le seul problème est, que notre hôte n'a pas de cd d'Hallyday. Qu'à cela ne tienne ! Je retourne chez moi en chercher. C’est à 3 kms à vol d’oiseau. On prend la voiture de mon pote. D’ailleurs, c’est lui qui conduit… Vaut mieux. Et là, sous ma porte, il y a un papier... Un petit mot de... Nadine ! Je savais qu'elle avait quitté son copain bizarre. Mais je n'avais pas son adresse. Il n'avait jamais voulu me la donner.

Je lis le petit mot de Nadine. Je m'appuie sur le mur.

- "Quelle chose ne va pas ?" me demande mon pote ?

- "Oh non, bien au contraire, c’est une bonne nouvelle..."

Je suis retourné à la fête avec les disques de Johnny sous le bras mais je n'y suis plus. Je passe la soirée dans un transat  sur le balcon. Il fait frais sur cette pierre. Je rêve en regardant le ciel.

- " Philippe ! Qu'est-ce que t'as ? Viens boire un coup ! Tu vas attraper froid..."

- "J'arrive..."

Finalement, je quitte tout le monde. Je rentre chez moi en rasant les murs. L'impression que mes pieds ne touchent pas le sol, que les sons sont (sonssons) ailleurs... Me suis couché. J'avais quand même un peu picolé... Tout tournait. Les murs, le plafond, les souvenirs.

Nadine et moi, on se connait depuis 7 ans. Nous nous sommes rencontrés dans la rue. Je jouais dans la rue à l’occasion de l'inauguration d'un secteur piétonnier (voir épisode 1, il y a une photo du jour J). Je portais une veste queue de pie et un chapeau haut de forme.

Bon mais elle avait son copain, un peu bizarre, et moi, quelques temps plus tard, je m'étais marié. Nous nous voyions de temps à autre... Des couples amis... Rien de plus...

Le lendemain de la finale de la coupe de France de foot, il y a la finale de Roland Garros. J'ai peur d'appeler Nadine. Elle m'a toujours impressionné. Je recule jusqu'au dernier moment. Il faut que je l'appelle mais comment faire pour ne pas dire de bêtises... Paraître zen, intelligent, quoi... Mon pote n'en revient pas : mettre autant de temps pour passer un coup de fil à une "greluche" qu’il me dit... Il ne peut pas comprendre.
A la fin du "tennis je sais plus qui a gagné", je me décide.

- "Allo, Nadine ? Ici, c'est Nadine..."

- " Non ! Nadine c'est moi. Philippe c'est toi !"

- "Ah oui, c'est vrai, moi c'est Philippe... ça va ?..."

Rendez-vous est pris deux jours plus tard. Elle m'invite à manger. Je sais plus non plus pourquoi il a fallu attendre deux jours. J’attends…

Il faut que je me prépare. Mon armoire à vêtements ressemble à un rayonnage de chez Emmaus, mes chaussettes sont dépareillées, mon pantalon est troué, mon blouson hideux et je suis maigre. Tant pis, j’y vais comme ça. D’autant plus que la copine qui me prête sa voiture s’incruste et je ne peux pas vraiment me préparer comme je veux sans éveiller ses soupçons. Oui, la demoiselle est curieuse. Je la rassure en lui répétant pour la énième fois que je vais voir un copain. Je biaise. J’ai absolument besoin de sa voiture. Je me vois mal faire 20 kilomètres à pieds ou en tramway. Je n’ai même pas l’argent pour prendre un ticket. Mais que l’on se rassure : je n’ai jamais pris un engagement quelconque avec cette jeune personne. Juste une soirée qui… Bref…

Une heure plus tard, le cœur battant, je sonne chez Nadine. Ben oui, c'est bien elle. Belle, souriante... Nous passons la soirée à discuter. Elle me raconte qu'elle a quitté son copain et que cela n'a pas été facile... Je me doute, il était légèrement « possessif ».

Vers minuit, je réprime un bâillement. Nadine le voit, elle me propose une glace à la pistache.

Attention aux glaces à la pistache ! C'est une arme redoutable ! Oui, redoutable ! Parce qu'après en avoir mangée, j'ai passé la nuit avec Nadine. Exit tous les aphrodisiaques, gingembre et autres : La glace à la pistache !!!! Oui, mesdames, oui, messieurs... Ah ! Ah !

Une crème glacée en a décidé.

Quelques jours plus tard, installés à une table de café, Nadine me dit un "je t'aime" surprise... Je sursaute… Failli renverser mon verre. Elle avoue : elle était amoureuse de moi. Je n'en reviens pas. Depuis 7 ans ! Et moi, je n'ai rien vu, absolument rien ! Mais quel âne !!!! Je me demanderais encore pourquoi elle m'impressionnait... Ben oui, moi aussi je l'aime... C'est devenue une évidence tout à coup et bien avant qu'elle ne glisse ce petit mot sous ma porte. Cependant,  il y a des choses que vous rangez dans un tiroir, que vous refusez de voir par souci d'honnêteté, par peur, par je ne sais quoi...

Le lendemain ou le surlendemain du café aux "je t'aime", nous décidons de vivre ensemble. On a tellement d'amour à donner... Pi à recevoir, pi, et tout et tout...

Et depuis, nous sommes ensemble.

Nous avons fondé une famille du feu de Dieu... Inséparables, complices, amis, amours, comme les cinq doigts d'une main et même de deux mains parce qu'il faut compter aujourd'hui sur les conjoints et maintenant, les petits enfants...

Nous nous sommes mariés trois ans plus tard.

A suivre...

(Texte protégé par les droits d'auteur. Législation Française. Ne pas dupliquer texte et photos. Droits réservés)

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