C'est rigolo... Une vie d'artiste ! épisode 2

« Nous, on s’en fout de l’avis du public ! Ce qui compte, c’est l’avis des professionnels. » Comédienne. 1987

ooooOOOOoooo

Un petit détour dans la rubrique : « people »…

En 1985, je me marie avec C... dix jours avant mon départ au Service National. Aujourd’hui, Je me dis qu’il fallait être fou ! Non pas de se marier… bon… mais de se marier dix jours avant la caserne. De plus, la donzelle est fille de pasteur... Si, si ! C’est vrai. Fille du chef prêcheur d’un beau « repère » d’évangéliques baptistes !... Rien à voir avec les « sadiques-pervers-militaires » mais bien gratinés quand même. Principalement des gens nantis qui n’hésitent pas à éduquer, à juger, à condamner et à « exécuter ». Des caricatures ! Ils iront jusqu’à me traiter  de « Suppôt de Satan », comédien hérétique (il y a une scène dans le film « Molière » d’Ariane Mnouchkine ou les comédiens se font insultés d’hérétiques par un prêtre. Je crois que la scène est juste d’un point de vue historique. Ce qui prouve bien qu’en plus de 300 années, les mentalités n’ont pas beaucoup changé), fainéant et bon à rien ! Et pour cause, la fille du pasteur qui noue ses draps de lit pour s'enfuir de la maison familiale où l'avait enfermée son père. (Très théâtral tout ça. Un petit côté Roméo et Juliette). J’ai bien essayé de l’en dissuader : « Heu… C’est dangereux de nouer des draps de lit. Ta chambre est à l’étage. Tu n’as pas peur que ça ne tienne pas ?… » Rien n’y fait. Elle court rejoindre son petit copain, son petit ami, c’est-à-dire : moi. Enfin, je l’attends dans la voiture, au coin de la rue. Nan ! Nan ! Nan ! Ce n’est pas un film mais bien la réalité. J’ai du mal à y croire. Pour pimenter cet épisode inédit, ladite fille de pasteur est mineure. Je deviens tout à coup un hors la loi. Dans l’urgence, nous nous réfugions chez quelqu'un. Je vous en parlerai… Dans les jours qui suivent, après nous avoir cherchés, en vain, le pasteur démissionne, abandonnant le temple à ses brebis. Il leur dit qu’il ne peut plus sermonner, étant incapable de faire régner « l’ordre » chez lui. Les ouailles crient : « Au crime ! A la trahison ! A l’hérésie ! Au poteau ! » Cela ne m’étonne pas : je n’ai jamais eu leur sympathie. Par contre, j’aurai la haine du pasteur à perpétuité. Bref, il finit par ranger les armes quelques temps avant mon départ pour le service de la nation et m’accepte à sa table, pour la paix de la famille et, bien sûr, dudit temple où il s’empressera plus tard, au culte du dimanche, de me « pardonner » d’avoir si mal agi… Peut-être est-il sincère ? Je ne sais pas… Mais qu’ai-je donc fait ? Si ce n’est que d’être là lorsque sa fille n’a plus supporté les restrictions religieuses familiales ! Comme, il me le disait, peu après « l’évasion » de sa fille, devenue « femme » : « Comment as-tu pu faire « ça » à une gamine de 17 ans ? »…

A son avis ? Oui, comment ?...

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1986. En revenant du service militaire (je passe sur l’épisode « militéro-guignolesque ». J’y reviendrai peut-être dans une rubrique « anecdotes »), je fais 3 choses :

- A tout hasard et en attendant, je m'inscris comme demandeur d'emploi à l'Agence Nationale Pour l'Emploi. Je suis reçu par un prospecteur placier (ils s’appelaient comme ça, à l'époque). Je lui explique mon projet : je veux créer ma compagnie de théâtre, tenter l'entrée dans un "Conservatoire National Supérieur", et devenir comédien professionnel. Il m'écoute pendant 20 minutes puis me pose la question suivante : "Bon, à part ça, vous avez un métier ?". J’en reste bouche bée. L'A.N.P.E me proposera un peu plus tard de ranger des cartons dans une grande enseigne de distribution de vêtements. Evidemment, je refuse.

- Je créé ma compagnie de théâtre.

- En septembre 1986, je tente le concours d'entrée au Conservatoire National Supérieur. Je le réussis. Je serai donc, dans un premier temps, « étudiant-apprenti-comédien-boursier ».

En avril 1986, n'étant pas sûr de réussir ce concours et, en attendant, je décide de mettre une pièce en chantier. Je verrai bien. « V.G… » accepte de jouer avec moi et d’assurer la mise en scène. Je le connais parce qu’il était l’un de mes partenaires dans une pièce que j’avais jouée avec lui, entre autres, en 1983, que je l’ai aidé quelques années plus tôt à tenter le même concours et qu’il l’a réussi également. Je n'obtiens pas l'autorisation de l'auteur pour monter sa pièce.  « V.G » me propose alors un autre texte d’inspiration classique adapté par un comédien Français bien connu. Celui-ci nous accordera les droits de son adaptation.

Cette année se terminera sur ce spectacle. Etant élèves au C.N.S (Conservatoire National Supérieur), nous avons évidemment la visite des instances culturelles régionales. En tant que « Directeur » de la compagnie, je suis convoqué à la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles, Ministère de la Culture). Le chargé de mission me demande quel est mon projet culturel. J'hésite… Je n’en ai pas et je ne me suis jamais posé la question. Je ne peux pas lui dire de crainte de passer pour un naïf.  Puis, je ne me sens pas de monter à Paris. Je n’en ai pas les moyens. Mon portefeuille est plat. Cela aussi, je ne peux pas lui dire. Comment lui expliquer qu'un jeune comédien préfère créer sa troupe et travailler en région plutôt que de courir les castings parisiens ? En fait, là est mon projet. Il paraît à cet instant bien peu ambitieux. Je balbutie. J'essaie de lui expliquer... Il me dit néanmoins qu'il garde un « œil » sur nous... Enfin, sur la compagnie…

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Pour la petite histoire, nous avons eu un public assez conséquent pendant les représentations (7 au total) de notre spectacle. Je me suis demandé pourquoi. Pourquoi tant de monde ? Nous étions totalement inconnus. Bien sûr, nous avions collé des affiches un peu partout, obtenu une interview dans une radio locale influente. Et pourtant, nous jouions dans une salle non équipée, sans aucune programmation, au sein d'un quartier isolé de la mégapole. J'ai compris pendant la semaine. Sur l'affiche, il y avait écrit en grosses lettres le titre de la pièce et deux noms : Denis Diderot (l’auteur classique) et celui du comédien connu. Beaucoup de personnes s'attendaient à le voir apparaître sur scène. Je les entendais chuchoter tout au début du spectacle : « C'est lui ? Non ? Tu crois ? C'est lui ? » Quant à Diderot, je me demande qui ils espéraient voir... A méditer.

C’est un beau petit succès. Les articles de presse sont bons. Ce coup d'essai est encourageant. Du côté de l'école, du C.N.S, ce n'est pas la même histoire. Il est mal vu que je me prétende déjà comédien alors que je ne suis qu'un apprenti. Les élèves me le font sentir. J’essuie des regards goguenards, des railleries insidieuses et pas un mot d'encouragement. Quand aux profs, ils n'aiment pas beaucoup que leurs élèves fassent des « escapades ». Ils sont persuadés que c'est comme cela que l'on cultive des défauts. Ah, bon ? Je n'y avais jamais pensé...

Les initiatives sont souvent synonymes d'aberration dans l'esprit Français.

C'est dommage...

A suivre…

 

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